{"id":7660,"date":"2026-04-22T16:55:29","date_gmt":"2026-04-22T14:55:29","guid":{"rendered":"https:\/\/ecole-resilience.fr\/?p=7660"},"modified":"2026-04-22T16:56:37","modified_gmt":"2026-04-22T14:56:37","slug":"se-rassembler-pour-debattre-de-nos-dissemblances-entretien-avec-bruno-habouzit","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ecole-resilience.fr\/?p=7660","title":{"rendered":"Se rassembler pour d\u00e9battre de nos dissemblances &#8211; Entretien avec Bruno Habouzit"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Bruno Habouzit<\/strong> est form\u00e9 en philosophie \u00e0 l\u2019universit\u00e9 Lyon 3. Depuis plus de vingt-cinq ans, il accompagne et pilote des projets associatifs, sociaux et culturels \u00e0 Lyon et dans sa r\u00e9gion, en inscrivant son action dans les valeurs de l\u2019\u00e9ducation populaire et des d\u00e9marches participatives. Son parcours est marqu\u00e9 par un engagement en faveur de l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la pratique artistique et culturelle, con\u00e7ue comme un levier d\u2019\u00e9mancipation, de construction collective et de transformation sociale. Il a d\u00e9velopp\u00e9 et consolid\u00e9 cette approche au sein de centres sociaux, MJC et associations culturelles, et assure aujourd\u2019hui la direction des Centres sociaux de la Croix-Rousse. Il intervient par ailleurs \u00e0 l\u2019Irpa, o\u00f9 il forme des \u00e9tudiant\u00b7es \u00e0 la philosophie de l\u2019\u00e9ducation, avec une attention particuli\u00e8re port\u00e9e aux enjeux \u00e9ducatifs et soci\u00e9taux contemporains.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jindra Kratochvil (CA\u00b0) : Que veut dire, aujourd\u2019hui, \u00ab faire soci\u00e9t\u00e9 \u00bb ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Bruno Habouzit :<\/strong> De mon point de vue, affirmer aujourd\u2019hui le d\u00e9sir de faire soci\u00e9t\u00e9, c\u2019est essayer de rapprocher les humains de leur essence. Je m\u2019appuie sur l\u2019analyse de la philosophe Hannah Arendt, pour qui les \u00eatres humains sont des animaux politiques par essence. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment la question du collectif, le fait de faire soci\u00e9t\u00e9 qui les d\u00e9finit.<\/p>\n\n\n\n<p>Or, constate-t-elle dans son ouvrage <em>Condition de l\u2019homme moderne<\/em>, le monde du travail est venu phagocyter l\u2019humain dans sa propre essence, alt\u00e9rer son humanit\u00e9. Ce qu\u2019elle entend par l\u00e0, c\u2019est que notre monde est envahi par la sph\u00e8re du travail. On conna\u00eet l\u2019expression m\u00e9tro-boulot-dodo, qui signifie que si l\u2019on enl\u00e8ve le fait de dormir et de se d\u00e9placer, il ne reste plus que le travail. Or, le monde du travail nous renvoie non pas \u00e0 une id\u00e9e de r\u00e9alisation de notre propre humanit\u00e9, mais \u00e0 l\u2019obligation de subsister en tant qu\u2019individu. Ce que vient accomplir le mod\u00e8le lib\u00e9ral, c\u2019est l\u2019individu d\u00e9charg\u00e9 d\u2019une responsabilit\u00e9 collective, qui va s\u2019occuper uniquement de ses affaires priv\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u00e0, nous ne sommes plus tout \u00e0 fait des animaux politiques, dit Arendt, mais nous redevenons ce qui pr\u00e9c\u00e8de l\u2019animal politique \u2014 l\u2019animal <em>laborans<\/em>, l\u2019animal qui travaille, qui est dans le rapport \u00e0 la vie, mais qui ne peut pas grandir dans son rapport au monde. (J\u2019utilise volontiers le mot grandir, puisque c\u2019est aussi l\u2019\u00e9tymologie latine de l\u2019\u00e9ducation.)<\/p>\n\n\n\n<p>Aujourd\u2019hui, cette id\u00e9e de grandir, de sortir de la caverne, n\u2019est plus permise par un mod\u00e8le de soci\u00e9t\u00e9 qui privil\u00e9gie l\u2019individu plut\u00f4t que le collectif, une vision priv\u00e9e et individuelle de la soci\u00e9t\u00e9 plut\u00f4t qu\u2019une logique de participation collective \u00e0 cet enjeu qui nous rassemble et qui fait de nous des humains par essence.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>JK : \u00ab Faire soci\u00e9t\u00e9 \u00bb n\u2019est pas une chose qui va de soi ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>BH: <\/strong>Faire soci\u00e9t\u00e9, c\u2019est un combat et une responsabilit\u00e9. Un combat quotidien puisque le mod\u00e8le, aujourd\u2019hui, c\u2019est de sortir du travail, rentrer chez soi et consommer, dans le cercle familial, des contenus Netflix, YouTube, etc. Nous avons tous les outils pour nous passer de l\u2019autre, et peut-\u00eatre encore davantage avec l\u2019arriv\u00e9e de l\u2019IA.<\/p>\n\n\n\n<p>Or, le vivre-ensemble ne peut pas \u00eatre limit\u00e9 \u00e0 la sph\u00e8re priv\u00e9e familiale ou \u00e0 la sph\u00e8re du travail. Il faut d\u2019autres espaces pour pouvoir vivre ensemble : une sph\u00e8re publique. Et l\u2019espace public, ce n\u2019est pas seulement un parc avec un banc o\u00f9 chaque individu peut s\u2019isoler du reste du monde. C\u2019est tout \u00e0 fait l\u2019inverse finalement. L\u2019espace public, c\u2019est l\u2019espace du d\u00e9bat d\u00e9mocratique, celui o\u00f9 l\u2019on va se retrouver pour cultiver le consensus, d\u00e9passer nos <em>a priori<\/em>, nos repr\u00e9sentations.<\/p>\n\n\n\n<p>H\u00e9las, nous fonctionnons dans des silos relationnels : des silos professionnels, entre pairs, entre domaines de comp\u00e9tences, entre sp\u00e9cialit\u00e9s, entre tranches d\u2019\u00e2ge. Des silos g\u00e9ographiques (les urbains, les ruraux), des silos g\u00e9n\u00e9rationnels (les jeunes, les vieux). L\u2019objet de l\u2019espace public, c\u2019est d\u2019arriver \u00e0 faire se rencontrer tous ces bin\u00f4mes oppos\u00e9s : les jeunes, les vieux, les urbains, les ruraux, les riches, les pauvres, les animateurs, les artistes.<\/p>\n\n\n\n<p>Le sujet est d\u2019abord celui de l\u2019interconnaissance pour faire \u00e9merger en nous un commun, une culture commune autour de ce qui nous rassemble, c\u2019est-\u00e0-dire notre humanit\u00e9. C\u2019est l\u2019objectif que je me fixe dans mon travail, et je pense que c\u2019est une responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00e9ducation populaire. La question de l\u2019accueil inconditionnel et de la mixit\u00e9 sociale, ce n\u2019est pas simplement d\u2019organiser une f\u00eate de quartier et de mettre tout le monde ensemble.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>JK : Alors comment construire une culture commune ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>BH : <\/strong>Aujourd\u2019hui, nous sommes malheureusement emprisonn\u00e9s dans des logiques de projets quantifiables, \u00e9valuables, qui nous poussent, dans les milieux de l\u2019\u00e9ducation populaire, \u00e0 afficher des r\u00e9sultats. Alors que le seul objectif que nous avons \u2014 et qui n\u2019est pas quantifiable \u2014 c\u2019est de nous r\u00e9aliser en tant qu\u2019humains.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous sommes enferm\u00e9s dans ces logiques de projet o\u00f9 l\u2019on fait un diagnostic, on identifie un besoin, un probl\u00e8me, on met en place une action et on \u00e9value si le probl\u00e8me est r\u00e9solu : des logiques de justification des financements publics et, finalement, de performance.<\/p>\n\n\n\n<p>La question que l\u2019on devrait plut\u00f4t se poser, c\u2019est de savoir com- ment faire pour ne pas d\u00e9vier du chemin de l\u2019humanit\u00e9, comment maintenir, au-del\u00e0 des r\u00e9ussites tangibles, le lien entre les humains, entre tous ces bin\u00f4mes soi-disant oppos\u00e9s. Comment cr\u00e9er un monde \u00e0 la fois rempli de diff\u00e9rences et constamment en recherche d\u2019un consensus, nous permettant de vivre avec ces diff\u00e9rences-l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p>Sortir de la tendance, un peu facile, \u00e0 trier, \u00e0 se demander qui a raison, qui a tort, quel est le bon mod\u00e8le, quel est le mauvais, de quel c\u00f4t\u00e9 je me situe. Alors que l\u2019objectif pourrait \u00eatre de reconna\u00eetre et d\u2019accepter les divergences.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les milieux de l\u2019\u00e9ducation populaire, on parle beaucoup d\u2019autonomie. Notre grand objectif serait de rendre les gens autonomes \u2014 sous-entendu : les rendre comme nous. C\u2019est donc une approche descendante et compassionnelle de la part des professionnels ou des d\u00e9tenteurs du savoir. C\u2019est tout l\u2019inverse qu\u2019il faut faire : reconna\u00eetre \u00e0 chacun et chacune son autonomie de pens\u00e9e, son autonomie d\u2019existence, m\u00eame si celle-ci ne nous convient pas tout \u00e0 fait. Puis \u00eatre capable de la mettre dans ce \u00ab pot commun \u00bb qui fait que la confrontation f\u00e9conde des id\u00e9es est, finalement, la meilleure chose pour \u00aballer-vers\u00bb le mieux.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>JK :  Qu\u2019est-ce que devient l\u2019individu, l\u00e0-dedans ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>BH :<\/strong> Les logiques de silo que je d\u00e9crivais sont souvent li\u00e9es \u00e0 notre incapacit\u00e9, ou \u00e0 notre absence de volont\u00e9 de nous mettre en danger. Parce qu\u2019il faut quand m\u00eame faire un sacr\u00e9 travail sur soi pour aller vers un inconnu et se dire : \u00ab Il peut m\u2019apporter beaucoup. \u00bb Peut-\u00eatre plus que ce que moi j\u2019ai \u00e0 lui apporter. Peut-\u00eatre va-t-il me faire changer de chemin ? Ce n\u2019est pas \u00e9vident : nous avons tous en nous une r\u00e9sistance au changement. Nous nous construisons une forme de confort<br>intellectuel, physique, \u00e9motionnel. Et lorsqu\u2019on nous invite \u00e0 aller chercher ailleurs, il faut \u00eatre capable de s\u2019en s\u00e9parer, d\u2019aller voyager dans l\u2019inconfort \u2014 ce qui n\u2019est pas un chemin naturel.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour vivre ensemble, il ne s\u2019agit pas de se s\u00e9parer de l\u2019individu, mais de se d\u00e9faire de l\u2019id\u00e9e que l\u2019individualit\u00e9 serait un obstacle au vivre-ensemble.<\/p>\n\n\n\n<p>Je pense \u00e0 l\u2019image du L\u00e9viathan qui illustre l\u2019\u0153uvre de Hobbes. Cette image montre une sorte de g\u00e9ant compos\u00e9 d\u2019une multitude d\u2019individus. Si l\u2019on retourne son sens premier \u2014 une repr\u00e9sentation de l\u2019\u00c9tat, seul capable de contenir les penchants individuels \u2014 on peut y voir autre chose de beaucoup plus sympathique : l\u2019id\u00e9e que la soci\u00e9t\u00e9 est l\u2019addition reli\u00e9e des singularit\u00e9s. Non pas une uniformit\u00e9, mais une composition complexe.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019objectif, ce n\u2019est pas l\u2019homog\u00e9n\u00e9isation ni l\u2019effacement de l\u2019individu. Au contraire, c\u2019est en reconnaissant les comp\u00e9tences, les savoirs, les interpr\u00e9tations, les \u00e9motions, la cr\u00e9ativit\u00e9 de chacun que nous pouvons fonder un commun. Une esp\u00e8ce de \u00ab pot soci\u00e9tal \u00bb qui nous obligerait \u00e0 nous remettre sans cesse en question en tant qu\u2019individus ancr\u00e9s dans un collectif.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>JK : Comment recr\u00e9er de l\u2019espace public dans une soci\u00e9t\u00e9 qui nous oriente vers l\u2019individualisme ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>BH :<\/strong>  Il s\u2019agit d\u2019imaginer un espace public qui soit \u00e0 la fois un lieu de convivialit\u00e9, de d\u00e9bat et d\u2019inconfort. Certes, ce n\u2019est pas un chemin naturel. Et pourtant, c\u2019est peut-\u00eatre dans cette tentative de r\u00e9unir des personnes dissemblables que nous pouvons faire de nos diff\u00e9rences l\u2019outil de notre rassemblement. C\u2019est une question sans fin puisque si c\u2019est le d\u00e9bat, cette remise en question permanente qui nous rassemble, alors d\u00e8s que le d\u00e9bat s\u2019arr\u00eate, le collectif dispara\u00eet. Car c\u2019est le d\u00e9bat lui-m\u00eame qui fait collectif. Lorsqu\u2019il n\u2019existe plus, nous basculons dans le rejet d\u2019une opposition, rejet d\u2019un mod\u00e8le, rejet d\u2019une autre pens\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Et d\u00e8s lors que l\u2019on fige les situations, que l\u2019on croit tenir une solution, on se trompe puisque la soci\u00e9t\u00e9 ne peut exister que dans le mouvement.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour conserver notre libert\u00e9 et notre humanit\u00e9, il faut continuer d\u2019avancer ensemble. M\u00eame si cela demande un effort, m\u00eame si l\u2019on aimerait parfois s\u2019arr\u00eater. Notre responsabilit\u00e9 humaine ne nous le permet pas. Si l\u2019on veut \u00eatre dans un rapport au monde et pas seulement \u00e0 la vie (entendu comme subsistance), nous devons continuer \u00e0 p\u00e9daler, ensemble.<\/p>\n\n\n\n<p>Bien s\u00fbr, tout cela va \u00e0 l\u2019encontre de celles et ceux qui brandissent des solutions toutes faites. La question reste le d\u00e9bat : tous les sujets sont l\u00e9gitimes d\u00e8s lors qu\u2019ils peuvent \u00eatre discut\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Le plus dangereux, c\u2019est l\u2019absence de d\u00e9bat. D\u00e9battre est d\u00e9j\u00e0 une victoire, et les cons\u00e9quences du d\u00e9bat sont moins essentielles que son existence m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>JK : Comment faire pour ouvrir un vrai d\u00e9bat au sujet de l\u2019urgence climatique et environnementale ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>BH :<\/strong> Comment se fait-il qu\u2019un sujet aussi commun et rassembleur que le changement climatique soit si peu pr\u00e9sent dans le d\u00e9bat public ?<\/p>\n\n\n\n<p>Plut\u00f4t que de chercher \u00e0 convaincre \u00e0 tout prix, il faudrait d\u2019abord s\u2019attacher aux conditions du vivre-ensemble, \u00e0 ce qui rend le d\u00e9bat possible.<\/p>\n\n\n\n<p>Car pour vivre ensemble, il faut trouver d\u2019autres points d\u2019entr\u00e9e que le discours moral ou strictement scientifique. Le vivre-ensemble ne peut se satisfaire de \u00ab c\u2019est bien \u00bb ou \u00ab c\u2019est mal \u00bb. Il y a un mot simple que l\u2019on oublie souvent lorsque l\u2019urgence s\u2019impose : la convivialit\u00e9. <\/p>\n\n\n\n<p>Comment cr\u00e9er des espaces publics de convivialit\u00e9 ? D\u2019abord, en cultivant une volont\u00e9 d\u2019accueil inconditionnel. Ensuite, en organisant des espaces capables d\u2019accueillir les diff\u00e9rences, en reconnaissant la valeur de chaque individu.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque la convivialit\u00e9 n\u2019a pas d\u2019autre objectif qu\u2019elle-m\u00eame, elle ouvre la possibilit\u00e9 de la rencontre. Et de la rencontre na\u00eet le d\u00e9bat. Par exemple, des exp\u00e9rimentations men\u00e9es dans des centres sociaux proposent \u00e0 des bin\u00f4mes jeunes et s\u00e9niors d\u2019avoir une pratique num\u00e9rique ludique collective.<\/p>\n\n\n\n<p>La premi\u00e8re chose que l\u2019on observe, c\u2019est que les personnes apprennent \u00e0 se nommer, \u00e0 se reconna\u00eetre. Et de cette convivialit\u00e9 \u00e9mergent tr\u00e8s vite des \u00e9changes sur les regards que chacun porte sur la soci\u00e9t\u00e9 : l\u2019usage du t\u00e9l\u00e9phone portable, les r\u00e9seaux sociaux, le rapport au travail, etc.<\/p>\n\n\n\n<p>Il ne s\u2019agit pas de d\u00e9bats impos\u00e9s, mais de dialogues qui naissent de la relation.<\/p>\n\n\n\n<p>Cr\u00e9er des espaces publics sans autre objectif que la rencontre \u2014 et laisser celle-ci advenir librement \u2014 est sans doute le chemin le plus lent, mais aussi le plus robuste pour maintenir le lien social.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous avons tous une perception diff\u00e9rente de l\u2019urgence. Mais d\u00e8s lors que l\u2019on arrive en disant : \u00ab Je vais d\u00e9velopper l\u2019esprit critique des jeunes \u00bb, on introduit d\u00e9j\u00e0 une posture descendante. On impose le d\u00e9bat. Or, un d\u00e9bat impos\u00e9 par une partie dominante \u00e0 une autre fragilise toute d\u00e9marche participative.<\/p>\n\n\n\n<p>Accepter de d\u00e9battre, c\u2019est aussi accepter de se mettre en danger, de revenir \u00e0 une forme d\u2019humilit\u00e9 : \u00ab J\u2019accepte de partir de z\u00e9ro dans un espace public avec des personnes qui ne sont pas moi et j\u2019accepte de les \u00e9couter. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est un chemin plus long, plus exigeant, mais je crois qu\u2019il est, finalement, bien plus durable que d\u2019arriver avec la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une pens\u00e9e qui pourrait \u00eatre per\u00e7ue comme une pens\u00e9e unique impos\u00e9e.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Bruno Habouzit est form\u00e9 en philosophie \u00e0 l\u2019universit\u00e9 Lyon 3. Depuis plus de vingt-cinq ans, il accompagne et pilote des projets associatifs, sociaux et culturels \u00e0 Lyon et dans sa r\u00e9gion, en inscrivant son action dans les valeurs de l\u2019\u00e9ducation populaire et des d\u00e9marches participatives. Son parcours est marqu\u00e9 par un engagement en faveur de [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"inline_featured_image":false,"ngg_post_thumbnail":0,"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-7660","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-blog"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/ecole-resilience.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/7660","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/ecole-resilience.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/ecole-resilience.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ecole-resilience.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ecole-resilience.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=7660"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/ecole-resilience.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/7660\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":7703,"href":"https:\/\/ecole-resilience.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/7660\/revisions\/7703"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/ecole-resilience.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=7660"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/ecole-resilience.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=7660"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/ecole-resilience.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=7660"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}