Grand écran des mutations

L’emblématique cinéma indépendant lyonnais d’art et d’essai Le Comœdia s’associe à la « Saison zéro » avec une programmation qui questionne nos devenirs collectifs.

Le parti pris de ce partenariat n’est pas un secret : on ne vient pas au cinéma uniquement pour se divertir et s’extraire du cours du monde devenu subitement inconfortable. Ce serait oublier plus d’un siècle de luttes qui se sont déroulées autant sur grand écran que du côté de la salle obscure. Sur cet immense champ de bataille invisible qu’est l’espace-temps de l’attention des spectateurs et des spectatrices, dans cette dimension parallèle de liberté radicale où l’imagination, la sensibilité, l’intelligence de chacun et de chacune s’invitent pour y élaborer des récits personnels singuliers qui complètent et transcendent ceux qui sont proposés par les films à l’écran.

Aller au cinéma pour mettre son esprit au travail ! Les récits pour raconter le monde et ses potentiels devenirs ont besoin de spectateur·ices, mais surtout de co-auteur·ices.

Encore faut-il :
1 — que l’attention puisse être pleinement au rendez-vous ;
2 — que les films puissent sortir nombreux et de qualité ;
3 — ne jamais oublier que le cinéma est une affaire à vivre en bonne compagnie de ses ami·es connu·es et inconnu·es avec qui on aura la joie de discuter après le générique de fin.

Voilà au moins trois excellentes raisons pour aller voir (et faire) du cinéma… au cinéma !

Dans la programmation de la « Saison zéro » :

Sirât (Oliver Laxe, 2025)

À voir si :
● la pensée, que ce monde puisse être un cauchemar éveillé, vous a déjà traversé l’esprit ;
● vous souhaitez savoir ce que fait de côtoyer des tatoué·es mal peigné·es ;
● vous souhaitez jeter un coup d’œil dans le vide.

À éviter si :
● vous avez vraiment le vertige ;
● vous avez vraiment trop peur au cinéma ;
● vous préférez un « Feel Good movie » ou une comédie familiale ;
● vous détestez la musique électronique.

Animal totem (Benoît Delépine, 2025)

À voir si :
● vous cherchez l’empreinte carbone 0 dans le voyage ;
● vous voulez « trancher la tête du dragon » ;
● vous aimez les bêtes et Sébastien Tellier.

À éviter si :
● vous trouvez que les pesticides donnent du goût ;
● vous n’aimez pas la campagne même bien proprette ;
● vous aimez la chasse.

Erin Brockovich, seule contre tous (Steven Soderbergh, 2000)

À voir si :
● vous vous demandez si ça vaut le coup de se battre ;
● vous n’êtes pas sûr·e que le droit puisse servir à quelque chose ;
● vous trouvez que l’eau de votre robinet a un goût vraiment bizarre.

À éviter si :
● vous détestez Julia Roberts, son charme, son jeu, sa façon de marcher ;
● vous préférez des héros masculins ;
● vous êtes convaincu·e qu’on dit beaucoup trop de mal du chrome hexavalent dans les médias.

Soulèvements (Thomas Lacoste, 2026)

À voir si :
● les points de vue proposés par les chaînes de Bolloré vous laissent dubitatifs ;
● vous avez toujours voulu voir à quoi ressemblent les gens qui disent « non » ;
● vous n’êtes pas convaincu·es par l’idée que le PIB est un indicateur fiable ;
● vous vous sentez seul·e avec votre attachement aux forêts qui chantent et aux lendemains qui poussent.

À éviter si :
● vous avez tout compris de ce qui ne va pas et de ce qu’il faudrait faire ;
● vous êtes allergique à l’empathie, la bonté voire plus largement à l’humanité.